La ceinture de caissons, un support de développement pour la biodiversité

2019-10-23T09:49:20+00:0023 octobre 2019|Actualités, Monaco|

L’activité des ingénieurs environnementalistes s’inscrit dans une démarche dite ERC, trois lettres pour trois mots : « Éviter, Réduire, Compenser ».
Ils correspondent à trois étapes de la vie du chantier :

Éviter, c’est-à-dire limiter en amont l’impact sur l’environnement en adaptant la construction de l’infrastructure.
Réduire, en minimisant cet impact pendant le déroulement des travaux.
Compenser, c’est-à-dire donner des fonctionnalités écologiques aux structures développées pour rétablir l’équilibre entre la situation initiale, celle préexistante au déroulement des travaux, et celle qui résulte de ces travaux.

La conception des caissons a donc également été déterminée par un impératif écologique : favoriser l’appropriation de l’infrastructure par la faune et la flore aquatiques.

Un caisson en cours de construction à Marseille en 2018. Photo © Bouygues TP MC.

Trois axes de travail ont été privilégiés :

• L’amélioration du potentiel de colonisation des caissons. La première étape pour développer la biodiversité est de favoriser la présence d’algues qui se développent sur les parois de l’infrastructure.

• Le développement de la fonction « nurserie » pour la petite faune. Il s’agit de permettre aux larves de poissons et aux juvéniles de disposer d’un espace pour se protéger.

• La création de corridors écologiques. L’enjeu est important, car l’infrastructure maritime est placée entre les deux réserves naturelles, celles des Spélugues et du Larvotto. Il s’agit de permettre aux espèces de passer le plus facilement possible devant la ceinture de caissons pour rejoindre l’une ou l’autre des deux réserves naturelles protégées entourant le projet, celle des Spélugues et celle du Larvotto.

Favoriser techniquement l’appropriation des caissons par la faune et la flore

Sur les caissons, l’attention a été portée sur trois zones :

• La façade,
• l’intérieur des chambres Jarlan,
• la base des caissons sur le remblai d’assise1.

Pour favoriser l’accroche et donc la colonisation des caissons, l’un des facteurs décisifs est la création de rugosité, d’où la complexification du béton sur certaines zones. Les changements dans la matière, les aspérités, permettent l’implantation des algues. Au moment de la construction des caissons à Marseille, dans les coffrages glissants2 qui ont permis leur réalisation, des matrices ont été intégrées aux banches3 pour dessiner des formes, creuser des rainurages et créer du relief. Certaines surfaces ont aussi été poncées pour en changer la texture.

Une attention particulière a été portée à la zone des chambres Jarlan.
D’un point de vue écologique, elles sont très intéressantes en raison de leur position « mixte » : pour partie sous l’eau et pour partie à l’air libre.

À l’intérieur des chambres Jarlan, le principe des matrices a aussi été appliqué, l’une légère et l’autre renforcée. Elles ont créé des reliefs de différentes profondeurs pour attirer différentes variétés de flore et de faune. Dans certains caissons, des dispositifs additionnels ont été implantés pour créer des cavités sous-marines et de petites grottes, dans la dalle de la chambre Jarlan. Celle-ci a aussi été brossée au moyen de râteaux passés dans le béton en cours de séchage. Des habitats artificiels ont été installés.

Des exemples de changements de texture dans le béton des chambres Jarlan. Photo © SAM L’Anse du Portier.

Après l’installation des caissons, des panneaux éco-conçus sont ajoutés en façade. Ils sont de deux types : l’un permet de créer un mimétisme par rapport au tombant rocheux, l’autre légèrement décollé du caisson offre un habitat.

Enfin, par moins 20 mètres, là où les caissons reposent sur le remblai d’assise, apparaît une banquette entre le bord du caisson et le talus de remblai.
Sur cette banquette, des gabions4 montés les uns sur les autres le long des caissons ont été disposés pour former un corridor vertical. Ils constituent autant de caches et permettent à la faune de remonter en direction de la surface. Une roselière (lianes) imitant la Posidonie, complètera ultérieurement ce dispositif.
Un travail spécifique a aussi été réalisé sur les joints inter-caissons.

Une nourricerie en fibre naturelle placée dans les joints inter-caissons. Photo © Bouygues TP MC.

Des éléments, type modules d’escalade, ont été fixés. Là encore, ils permettront la colonisation par les algues et le développement de caches pour la faune et la flore.

1. Les caissons sont posés sur un remblai d’assise, une colline construite en pierre calcaire nature sur 500 mètres de long entre moins 50 et moins 20 sous la surface de la mer.
2. Voir le dossier n°1, La construction des caissons de protection.
3. Les panneaux de côté du moule à béton du coffrage.
4. Structure grillagée, cubique, contenant de la roche