Monaco, une indispensable recomposition du paysage urbain 1/2

2020-03-05T09:36:34+00:0015 février 2020|Actualités, Monaco|

2 km2 contraints entre montagne et mer. La Principauté façonne sans cesse son paysage urbain à travers de grands projets structurants et répond ainsi aux exigences de la progression de sa démographie, de son attractivité économique et de son développement pérenne. Au siècle dernier, à partir des années 50, 20% de la surface de la Principauté ont été gagnés sur la mer. Pour continuer de soutenir et d’accompagner ses évolutions et répondre aux responsabilités et défis qui lui sont posés, Monaco doit poursuivre le développement de l’emprise au sol de son territoire. Les évolutions successives des technologies de construction et les nouveaux concepts architecturaux qu’elles autorisent, permettent le développement de structures toujours plus innovantes et audacieuses en utilisant des méthodes et des matériaux plus performants et durables. C’est pourquoi le gouvernement princier a lancé en mai 2013 un appel à candidatures pour la réalisation d’un nouveau quartier à travers un projet d’urbanisation en mer.

Photo © Principauté de Monaco – SAM L’Anse du Portier – Renzo Piano Building Workshop – Valode & Pistre Architectes – Michel Desvigne Paysagiste

La SAM L’Anse du Portier, avec Bouygues Travaux Publics MC, a remporté cet appel d’offres. La réalisation de ce projet est un défi architectural et technique. Il concilie à la fois les ambitieux objectifs de la Principauté en matière de Transition énergétique au regard des engagements pris de réductions des émissions des gaz à effet de serre (neutralité carbone en 2050) et la nécessité de croissance d’un pays dynamique et moderne. Ce défi s’incarne à travers la conception et l’application de méthodes de réalisation minimisant l’impact sur le milieu naturel tout en s’inscrivant dans un projet global de développement durable. Les superficies développées doivent permettre d’édifier un quartier préfigurant une nouvelle gestion énergétique urbaine responsable, mais aussi des modalités de constructions nouvelles dont l’objectif constant est de réduire l’impact sur l’environnement.

Photo © Principauté de Monaco – SAM L’Anse du Portier – Renzo Piano Building Workshop – Valode & Pistre Architectes – Michel Desvigne Paysagiste

« Monaco doit trouver les moyens d’assurer sa croissance et son développement tout en étant soucieux des impacts environnementaux qu’ils peuvent induire…Construire sur la mer tout en préservant l’environnement… ». Ce principe, définit par S.A.S. Le Prince Albert II lui-même, constitue la philosophie et la règle d’or de cette nouvelle extension du territoire de la Principauté.
Elles ont conduit les concepteurs et les constructeurs du programme à imaginer et à mettre en oeuvre des méthodes innovantes pour sa réalisation. À bien des égards, la construction de l’infrastructure maritime est un laboratoire, tout particulièrement pour son ingénierie environnementale.
Sous le niveau de la mer, comme en surface, différents dispositifs ont été imaginés pour faciliter la (re)conquête par la nature des espaces nouvellement créés. Il s’agit également d’appliquer à la vie du nouveau quartier une gestion rationalisée de l’énergie.
Ces principes figurent dans l’ADN du programme de construction puis d’exploitation de ce nouvel espace.
Il définit le concept de biodiversité urbaine qui est au coeur du projet.

Un quartier indispensable à la croissance de la Principauté, créé dans des conditions environnementales contrôlées

Symboliquement, on retiendra que c’est à la mi-décembre 2019 que le terrain de L’Anse du Portier a été finalisé.

Une vue l’extension en mer le 16 décembre 2019. Photo © SAM L’Anse du Portier

Ce 17 décembre, les engins de terrassement achèvent de combler le lac de 440 000 m3 qui s’est constitué à l’intérieur de la ceinture de caissons1.

Il aura fallu à peine 9 semaines et l’apport de 750 000 tonnes de sable, pour réaliser l’opération de comblement.

L’extension du territoire de la Principauté constitue désormais une réalité2.

Les activités de remplissage ont débuté à la mi-octobre 2019. Photo © SAM L’Anse du Portier

Depuis le lancement du projet, cette extension en mer est conçue, construite et animée en cohérence avec le milieu naturel.
Ainsi, plutôt que d’affecter une construction à chaque mètre carré conquis sur la mer, ses concepteurs ont réintroduit un écosystème naturel dans l’espace nouvellement créé.
Concrètement, sur les six hectares de surfaces nouvelles, un hectare sera dédié à un parc arboré.

Le plan masse de L’Anse du Portier. Photo © SAM L’Anse du Portier

Depuis l’émergence du projet, chaque étape conduisant vers la réalisation du programme a eu pour préalable la prise en compte de la question environnementale.
Les ingénieurs, les architectes, les spécialistes environnementaux ont ainsi élaboré leurs solutions à partir du triptyque « Éviter, Réduire, Compenser », pour :

  • limiter l’impact des travaux en amont en adaptant les opérations aux conditions environnementales (déplacement d’espèces, adaptation de la forme de l’infrastructure maritime entre autres),
  • réduire cet impact pendant le déroulement des travaux (mise en oeuvre de dispositifs et de méthodes adaptées : les écrans anti-turbidité et les écrans acoustiques)3,
  • compenser en attribuant des fonctionnalités écologiques aux ouvrages conçus afin de retrouver l’équilibre naturel antérieur à l’exécution du chantier.

Ce principe est sans précédent dans la réalisation d’un chantier de cette envergure (6 hectares) et de cette complexité (réalisation en mer à partir de -50 mètres).

Cela fait de L’Anse du Portier un laboratoire en matière d’écoconception. Et cela permet également de développer des solutions de construction durables parfois inédites, et toujours adaptées à la configuration locale.
Au-delà, ce principe favorise l’appropriation par le milieu naturel de la structure artificielle développée et permet la réintroduction de la biodiversité au sein de l’urbanisation.

Des ouvrages artificiels et immergés, façonnés pour favoriser le développement de la biodiversité

Dans ces conditions, les caissons de la ceinture de protection de l’écoquartier sont des « acteurs » prépondérants.

Ces ouvrages, en grande partie immergés, se situent à des profondeurs comprises entre -20 mètres et la surface, une zone très importante pour la biodiversité marine.

Les caissons, des ouvrages à la fois marins et terrestres qui reposent par -20 mètres et émergent 6 mètres au-dessus des flots. Photo © Bouygues TP & SAM L’Anse du Portier

Ils ont une double fonction :

  • La protection de l’écoquartier face à la puissance de l’énergie développée par la houle et les vagues,
  • L’intégration de dispositifs susceptibles d’accueillir la vie.

Les ingénieurs hydrauliciens et les ingénieurs environnementalistes ont donc travaillé ensemble pour développer des solutions qui satisfont à la fois :

  • les critères mécaniques indispensables pour contenir les effets de la Méditerranée sur la structure,
  • les impératifs écologiques pour favoriser la colonisation par la faune et la flore, des parties immergées.

Ces fonctionnalités symbiotiques ont fait l’objet d’études, parfois pendant plus d’un an pour certaines applications, destinées à mesurer le maintien des propriétés des caissons et simultanément, les réels bénéfices en termes d’efficacité, pour le développement des espèces.
Plusieurs dispositifs ont été retenus.

Au pied et sur la façade des caissons :

  • La pose de gabions superposés à la base des caissons, permettant d’amorcer les corridors écologiques verticaux.

Les panneaux écoconçus sont fixés sur la façade des caissons. 168 seront posés au total. Leur dimension est de 1.5 x 2.5 mètres. Photo © SAM L’Anse du Portier
  • L’installation de panneaux écoconçus, accrochés sur leur face avant. Ils servent d’abri pour certaines espèces et d’habitat pour d’autres.

Dans les chambres Jarlan4 :

  • la création dans la partie basse d’aspérités et de rugosités dans le béton pour favoriser l’accroche des algues, des plantes aquatiques et des mollusques.
1. Rugosités créées à la construction du caisson. 2. Panneau écoconçu fixé après l’installation du caisson sur le remblai d’assise. 3. Les habitats destinés à l’accueil de la faune et la flore marines installés dans les chambres Jarlan de chaque caisson. Photo © SAM L’Anse du Portier
  • La mise en place de structures d’habitats artificiels de tailles et de formes 
différentes.

La variété et la répétition des différents aménagements autour des caissons et dans les chambres Jarlan répondent aux besoins fonctionnels des multiples espèces composant la faune et la flore à ces profondeurs variables. Ces besoins diffèrent en matière d’habitat, de nurserie, de repos, de chasse, d’abri et de conditions de déplacement entre -20 mètres et la zone mi-eau, mi-air, en limite de surface.

Solène Robic qui dirige l’équipe responsable des dossiers environnementaux chez Bouygues TP, rappelle : « qu’il n’existe pas de solution « clef en main ». De nombreux dispositifs ne ciblent à chaque fois qu’une espèce. » Elle ajoute : « Avec la création de l’infrastructure maritime, nous ne pouvons pas limiter notre travail à une espèce. Notre réflexion s’étend à un écosystème. Par conséquent, nous avons un travail de R&D quotidien. Nous sommes en perpétuelle réflexion sur les moyens d’attirer la biodiversité et de développer l’attractivité de toute la zone. »

1. La construction de l’infrastructure maritime a connu 3 étapes majeures : la construction du remblai d’assise par -50 mètres, la réalisation de la ceinture de caissons et enfin le comblement par du sable, du bassin d’eau salée qui s’est constitué au moment de la fermeture de la ceinture, entre l’ancien littoral et le nouveau trait de côte. Sur la conception et la réalisation de cet ouvrage de 500 mètres de long, lire le dossier N°7, « le remorquage et la pose des caissons ».
2. Les travaux de construction de l’infrastructure maritime qui ont débuté en 2017, ne seront définitivement achevés qu’en octobre 2020. Les 10 prochains vont être consacrés à la préparation des sols (vibro-compaction, nivellement…) afin d’accueillir les constructions du futur éco-quartier.
3. Sur l’ensemble des mesures préventives, lire les dossiers thématiques N° 4 et 5, qui présentent toutes les solutions utilisées. Pour beaucoup, elles sont totalement inédites dans ce champ d’application ou par leur conception.
4. Ces chambres permettent de limiter les franchissements et la réflection de l’énergie de la houle et des vagues.