Fondations profondes 3/3

2020-03-27T10:41:35+00:0015 mars 2020|Actualités, Monaco|

La première étape des bâtiments de l’Anse du Portier 3/3

Entretien avec Leonardo Pedrazzi

Leonardo Pedrazzi est l’administrateur délégué de SOGEFON, une des entreprises du groupement SOGEFON/FONDAMENTA qui est en charge du marché des fondations. Le groupement a choisi d’utiliser cinq foreuses de 4 modèles différents pour remplir sa mission. Leonardo Pedrazzi détaille la grande complexité de la campagne de forage et de réalisation des pieux en cours.

Leonardo Pedrazzi, administrateur délégué de SOGEFON. Photo © SAM L’Anse du Portier

En quoi le forage profond est-il ici une opération très particulière sur ce chantier ?

Les conditions rencontrées sous la surface du terrain gagné sur la mer ne sont pas identiques d’une zone à l’autre de l’extension en mer :
la diversité de la nature des matériaux à traverser, les profondeurs variables à atteindre, la pression exercée sur les pieux par les matériaux environnants, les conditions de fixation des pieux dans le substratum très dur (il faut entrer de 40 cm dans celui-ci).
Il y a de très nombreux paramètres à gérer pour lesquels nous rencontrons parfois des situations totalement inédites. Ce sont les raisons pour lesquelles nous employons différentes machines aux capacités spécifiques.

Pourquoi avez-vous arrêté votre choix sur les foreuses Bauer ?

Nous travaillons depuis longtemps avec ce fabricant de machines à pieux. Il s’agit d’un des leaders mondiaux de ce secteur d’activité.
Mais Bauer n’est pas qu’un simple fournisseur. Nous l’avons associé dès la phase d’études pour le dimensionnement des pieux puis pendant la campagne de tests. Nos expertises croisées ont permis de développer les solutions les plus pertinentes et de valider notre mode opératoire. Ces équipes ont aussi apporté leur concours dans les différentes étapes d’assemblage des foreuses, car nous utilisons des accessoires complémentaires, pour optimiser les rendements.

Quelles sont les situations que vous rencontrez qui nécessitent d’employer quatre modèles de machines à pieux différents ?

Le chiffre qui définit le modèle indique la force de rotation développée pour forer. Par exemple, BG 45 signifie une puissance d’excavation de 45 000kg/mètre.
Dans la phase d’excavation, nous sommes confrontés à 2 problèmes : le frottement qui se produit lorsque la foreuse traverse le remblai d’assise et la densité de ce matériau. La contrainte est particulièrement importante durant les phases de tubage puis de l’extraction des tubes provisoires. Pour bien comprendre la situation, la machine peut faire pénétrer le tube jusqu’à 25 mètres de profondeur. Ensuite la pression est telle qu’il est impossible de faire progresser le tubage sans augmenter la puissance de la machine. Pour augmenter la force de rotation de celle-ci, nous l’avons équipée d’un multiplicateur de couple et d’une louvoyeuse. Ces deux dispositifs font passer la force de rotation à 220 000kg/mètre. C’est de cette puissance dont nous avons besoin au-delà de 25 mètres de profondeur.

Comment remplit-on les critères environnementaux dans ces conditions ?

Depuis plusieurs années, Bauer a fait énormément de Recherche et Développement pour proposer des alternatives efficaces en termes de réduction de l’impact de ses machines sur l’environnement. Si l’on prend le cas de la BG 55, il s’agit de la plus grosse machine disponible en Europe. Il n’en existe que deux exemplaires. C’est la dernière foreuse créée par Bauer. Son moteur remplit le cahier des charges environnemental drastique appliqué ici. Il est labellisé « Ecopower ». Il utilise un fuel spécifique de la marque Shell, un produit GtL à faible impact environnemental. Le moteur est aussi plus efficace en matière de réduction des émissions sonores. Il respecte les conditions imposées sur ce chantier.
Il existe une machine à pieux encore plus puissante, la BG 72. Mais elle ne répond pas aux critères environnementaux.

Que représente pour vous le fait d’être impliqué dans cette opération?

Il s’agit du chantier le plus important que SOGEFON et FONDAMENTA aient eu à réaliser jusqu’ici en termes de complexité de situations techniques à résoudre et de durée des travaux. Cette mission a un impact énorme. Il nous a fallu repenser nos entreprises pour relever ce défi. Environ 40 personnes travaillent uniquement sur ce projet aujourd’hui. C’est aussi l’occasion de faire des investissements dans du matériel de pointe comme la BG 55 qui est neuve. Cet ensemble élargit notre spectre de compétences, notre expérience et notre expertise.

Trois foreuses en activité sur le site en janvier 2020. Photo © SAM L’Anse du Portier